Préfecture du département de la Gironde et chef-lieu de la Région Nouvelle Aquitaine
Ville : 265 328 habitants (2022)
Agglomération bordelaise CUB : 1 022 000 habitants (2022).
C’est une ville entre terre (forêt des Landes) et mer (l’Océan atlantique) et située sur la Garonne qui est l’un des cinq grands fleuves français.
Dans la ville, on repère très vite les échoppes, principalement construites entre le second empire et la première guerre mondiale, petites maison typiques, autrefois habitations d’ouvriers, d’artisans ou de commerçants. On en trouve aussi dans les communes alentour, Talence, Bègles, Bouscat. Elles sont aujourd’hui très prisées.

C’est une maison de plain-pied avec une façade en pierre calcaire blonde. La toiture à deux pentes est parallèle à la rue ; une imposte au-dessus de la rue apporte de la lumière dans le couloir. On devine une cave depuis la rue par la présence du soupirail ; elle permettait le stockage du charbon de chauffage. Le jardin se situe généralement derrière l’échoppe, le plus souvent invisible depuis la rue.

Ici, une échoppe dans la série « L’intruse » réalisée par Shirley Monsarrat.
Mais c’est le Bordeaux du XVIIIème siècle qui retient notre intérêt.
Le grand théâtre de Bordeaux

Le grand théâtre de Bordeaux. Inauguré le 7 avril 1780, il devait accueillir des drames lyriques. Commandé par le duc de Richelieu, gouverneur de Guyenne, à Victor Louis, qui s’est inspiré d’un vrai temple grec. Ce qui explique en partie la sécheresse des lignes et de la composition. Il est construit en style néoclassique. Les colonnades de style corinthien avec leurs feuilles d’acanthe. Les fenêtres entre les colonnades et les motifs sculpturaux sur la partie supérieure de la balustrade témoignent d’un style à l’italienne.
Ce théâtre inspirera Garnier pour la construction de l’Opéra à Paris, sous Napoléon III. Mais l’œuvre de Garnier sera autre chose, composition aux formes plus variés, éclectiques, parfois ampoulées.

Façade du palais Garnier, l’Opéra de Paris. Inauguré le 5 janvier 1875, plus d’u siècle après celui de Bordeaux.
Il y a là quelque chose de grandiloquent, des colonnes, au second niveau, des colonnes plus petites donnant un effet de perspective, un rien de suffisance, dont le théâtre de Bordeaux est exempt. Mais on peut admirer la rutilence rococoisante du bâtiment.

Claude Robin (1734-1818) : Fresque du Grand Théâtre de Bordeaux, 1780, représentant la ville de Bordeaux sous la protection d’Athéna et d’Hermès avec à ses pieds ses richesses : le vin, le commerce maritime et deux esclaves entravés comme des poulets qu’on va vendre à la foire. Certes, ils peuvent désormais voir les représentations théâtrales, maigre compensation au regard de l’ignominie de la condition qui leur aura été faite.
C’est un mélange de peinture idyllique comme les faisait Poussin avec des couleurs tranchées, des jaunes, des bleus, des rouges éclatants pour les dieux représentés à la manière baroque et un paysage terrestre aux couleurs affadies, des blancs pâles, des ocres, des verts pâles. Un contraste dans les couleurs mais une proximité spatiale.
Ce tableau n’a rien de propitiatoire. C’est seulement un mélange de mythologie de symbolique et d’étalage de la puissance économique de la ville.
Ce sont les échanges commerciaux intercontinentaux, les marchandises, objets, animaux, hommes, qui sont ici soulignés. Et c’est à la fois l’économie de l’époque et un programme d’action et de pensée.
A la Révolution française la ville sera occupée par les partisans de Robespierre. L’hôtel de l’Archevêché, devenu aujourd’hui l’hôtel de ville, était le siège du tribunal révolutionnaire. Cette période qui prit le nom de « an II » postérieurement dénommée « Terreur » a été aussi un moment d’immenses débats comme ceux sur l’enseignement obligatoire, l’abolition de l’esclavage. A Paris, dans cette période révolutionnaire, fut créé le Jardin des Plantes à partir du jardin botanique aménagé sous Louis XIII ; le Museum national d’histoire naturelle s’attela tout de suite à l’enseignement des sciences. En 1794, les spectacles d’animaux, jugés dégradants furent interdits dans les rues de la capitale. Des bêtes confisquées rejoignirent la ménagerie, à peine ouverte au public, les anciens propriétaires devenant les premiers soigneurs de ce zoo révolutionnaire.
Jugez de l’effroi des « montagnards » arrivant à Bordeaux découvrant la fresque du grand théâtre avec ces images d’animaux exotiques, vendus pour en faire des fauves de foire, et des esclaves ligotés.
Les nobles de l’Ancien Régime et les négociants girondins dans leur quasi-totalité soutenaient l’esclavagisme, avec de belles exceptions toutefois, comme André Daniel Laffon de Ladebat. Cet aspect de cette société, avec l’inégalité des hommes dès leur naissance, la vénalité des offices, le pouvoir entre les mains d’intendants et de gouverneurs arbitrairement nommés par le Roi – qui n’obéissait à personne et à qui tout le monde obéissait de gré ou de force – appelait un bouleversement de la société.
Un XVIIIème siècle que l’on aime parce que l’absolutisme royal secondé par une noblesse intransigeante a disparu et il n’en reste plus que les monuments principalement néoclassiques de l’époque.
Le cas de Montesquieu est éclairant. Depuis 1714, il remplissait les fonctions de magistrat à Bordeaux. Après des études chez les Oratoriens – société de prêtres séculiers, sans vœux, mais vivant en commun dans le but d’édifier leurs prochains par la prédication et l’enseignement ; selon moi c’était une sorte d’association paraclétique – mais on n’oratorien si on n’en sait rien.
Il exerça la président de président à mortier au Parlement de Bordeaux, héritée de son oncle. Président à mortier, c’est-à-dire président de chambre à la Cour d’appel – le parlement de Bordeaux – il hérite tout simplement d’une des plus fonctions juridictionnelles les plus élevées, qui exigeaient d’avoir quatre quartiers de noblesse. Les études de droit cela vient après.
Pour Montesquieu, la noblesse est un privilège naturel que l’on obtient par la voie de la naissance. Particulièrement hermétique à l’égalité des droits dès la naissance, tout le principe de partage du pouvoir doit dès lors être lu, chez lui, comme un partage de pouvoirs entre le roi et la haute noblesse. Cela s’appelle une fronde.
Il renonça à son office en 1726, mais il n’avait été actif que jusqu’en 1717 (à peine 3 ans, mais vu la peine qu’il s’était donné pour accéder à ce poste, cela se comprend) et eut seulement une activité intermittente, comme beaucoup d’autres hauts magistrats, jusqu’en 1724…et, après deux ans sans activité dans la juridiction, il quitta le parlement (Jean Dalat, Montesquieu, magistrat, au Parlement de Bordeaux, Archives des lettres modernes, n°132, Paris, Minard, 1971). .
Tout cela était naturel à l’époque. Un président à mortier n’était aucunement tenu de siéger régulièrement au Parlement. Il pouvait déposer son mortier (toque de velours noir bordée d‘or) dans quelque casier et vaquer à d’autres occupations. L’été dans son vignoble et l’hiver à Paris, par exemple.
Dans ses confessions (Livre septième 1741-1747), Jean-Jacques Rousseau rapporte qu’un de ses amis M. Damesin « gentilhomme savoyard, alors écuyer, et croit-il, favori de Mme la princesse de Carignan » lui fit faire la connaissance de « M. de Gasc, président à mortier au parlement de Bordeaux, et qui jouait très bien du violon…il eut la fantaisie d’apprendre la composition. Je lui donnais des leçons pendant quelques mois à Paris. ». S’adonner à la musique à Paris quelques mois vaut bien mieux que de présider une chambrede cour d’appel. Le justiciable patientera. Et oser critiquer un président à mortier possédant quatre quartiers de noblesse, vous n’y pensez pas.

Anonyme, Portrait de Cardin Le Bret, Premier président du Parlement de Provence tenant dans sa main gauche son mortier, musée Carnavalet, Paris.
Le bâtiment des Douanes de la Nouvelle Aquitaine et le musée des Douanes

Le bâtiment a été construit entre 1735 et 1738 spécifiquement pour accueillir la Ferme Générale, compagnie privée (d’affermage des impôts indirects) qui avançait le montant total de l’impôt au Roi et le récupérait sur les assujetis aux taxes, la gabelle, le décime etc… en se rémunéraint à hauteur de 4 à 5 % .. Le bâtiment était la porte d’entrée des marchandises transportées par bateaux et débarquées dans la halle pour y être contrôlées par les commis de la Ferme, ancêtres des douaniers.

Le bâtiment abrite encore de nos jours la Direction Interrégionale des Douanes de la Nouvelle Aquitaine
En 1984, l’institution des Douanes décide d’installer dans l’ancienne halle de dédouanement, au rez-de-chaussée, le premier musée national des Douanes. On passe ainsi souvent à Bordeaux du XVIIIème siècle à l’ère contemporaine.


L’hôtel de ville de Bordeaux

Façade de l’hôtel de ville de Bordeaux donnant sur la cour d’honneur.
Le palais Rohan est un palais bordelais construit à l’origine pour l’archevêque Ferdinand maximilien Meriadec, prince de Rohan, entre 1771 et 1784. Hôtel de l’Archevêché jusqu’à la Révolution, puis siège du tribunal révolutionnaire en 1791, hôtel de la préfecture en 1800, palais impérial de Napoléon 1er en 1808 et palais royal en 1815 sous Louis XVIII, le palais Rohan devient hôtel de ville en 1835.
Le bâtiment a été reconstruit au XVIIIème siècle, à l’emplacement de l’ancien hôtel de Rohan, par l’archevêque de Bordeaux, dans un agencement qui lui offrait un accès direct à l’église Saint André.
En 1781, Ferdinand Maximilien Mériadec laisse sa place d’archevêque à Jérôme Champion de Circé, qui jouera un grand rôle au début de la révolution française.
Doté d’un portique, de colonnes ioniques et d’un fronton en demi-lune , il est de facture classique.
Le palais est constitué d’un vaste corps de logis flanqué à l’avant de deux ailes basses en retour d’équerre qui le relient à une colonnade. La cour carrée ainsi délimitée est fermée par un portique d’ordre ionique à arcades ouvert côté rue, au centre duquel s’ouvre un portail monumental. De part et d’autre du portail d’entrée se trouvent deux niches occupées par Le Génie du commerce et de l’industrie et par Le Génie des sciences et des arts, œuvres du sculpteur Ecmont Sébastien Prévot (1869).
A suivre….

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